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"Des larmes sur les joues de Marianne" ou la niaiserie au service du "vivre-ensemble"
  • J’ai reçu ce soir un appel courroucé d’un grand-père qui venait de découvrir, collé dans le cahier de son petit-fils, un « poème » — c’est en tout cas sous cette dénomination que la chose m’a été présentée — dont voici le texte, recopié par mes soins en conservant bien sûr l’orthographe d’origine.

    Des larmes sur les joues de Marianne

    Au beau pays de France
    Quand s’enfuie (sic) la confiance
    Et que tous les cœurs se referment et se fanent
    Quand de nos différences 
    Naissent la peur la méfiance
    Et coule une larme sur la joue de Marianne
    Au beau pays de France quand par trop d’ignorance
    C’est l’envie de vivre ensemble que l’on condamne
    Quand coutumes et croyances engendrent l’intolérance
    Et coule une larme sur la joue de Marianne

    Il faut le calme et le respect pour vivre ensemble en paix
    Trop de passion, d’exaltation font perdre la raison
    Chacun est libre de ce qu’il croit et du choix de sa voie
    Il y a de la place aux cieux pour tous les dieux

    Au beau pays de France
    Quand s’enfuie (sic) la confiance
    Et que tous les cœurs se referment et se fanent
    Quand de nos différences
    Naissent la peur la méfiance
    Et coule une larme sur la joue de Marianne
    Au beau pays de France quand par trop d’ignorance
    C’est l’envie de vivre ensemble que l’on condamne
    Quand coutumes et croyances engendrent l’intolérance
    Et coule une larme sur la joue de Marianne

    Veillons à ce que la ferveur ne devienne pas fureur
    En entourant de discrétion nos intimes convictions
    Et acceptons la liberté de ceux qui veulent penser
    Qu’il n’y a peut-être rien derrière toutes les prières

    Et au beau pays de France
    Reviendra la confiance
    Qui réunira les hommes et les femmes
    Sur le chemin laïque de notre République
    Et sèche (sic) les larmes sur la joue de Marianne

    Au beau pays de France les enfants sont une chance
    Nous serons demain des hommes et des femmes
    Sur le chemin laïque de notre République
    Et sèche (sic) les larmes sur la joue de Marianne
    Et sèche (sic) les larmes sur la joue de Marianne
    Et sèche (sic) les larmes sur la joue de Marianne

    Cette niaiserie à la gloire du « vivre ensemble » est bien dans la manière de nos dirigeants du moment. Cette Marianne qu’on met en scène dans un rôle de victime geignarde demandant à être consolée, c’est la même que celle qui préside à nos « minutes de silence », « marches blanches », poses de cierges et de fleurs dans les rues, et à toutes ces manifestations d’une émotion d’abord authentique puis presque instantanément dévoyée en sensiblerie et en spectacle. C’est le sanglot de l’homme blanc, toujours coupable, toujours se dénigrant et se haïssant lui-même. 

    Cette Marianne pleurnicharde est donc une image bien choisie pour édifier le bon peuple chez qui, hélas, « trop d’ignorance » subsiste. Que lui dit-on à ce peuple ? En substance, que son coeur est fermé, que tout est de sa faute, et — et c’est le plus important —  qu’il lui faut surtout continuer à dormir. Pas de ferveur! Encore moins de fureur ou de passion car elles feraient pleurer Marianne. On ne la savait pas si sensible, elle qui magnait si allègrement la guillotine dans sa jeunesse.

    L'auteur nous encourage à accepter la liberté de « ceux qui veulent penser qu’il n’y a peut-être rien derrière toutes les prières ». L’expression est certes maladroite (pourquoi « derrière » les prières et  pas « devant » ?) mais semble désigner les athées. En effet, me suis-je avisé, ce sont bien les athées qui sont derrière tous les attentats. Le World Trade Center, c’étaient déjà eux, l’Hypercasher et le Bataclan, c’étaient encore eux ! Merci à la clairvoyance de l’auteur de ce « poème ». 

    Le poulet n’est pas signé, mais son auteur y fait la démonstration de son ignorance de la conjugaison. Est-ce ignorance ou mépris ? Peut être la conjugaison n’est-elle pour lui qu’une de ces coutumes intolérantes qu’il condamne. Heureusement qu’au ministère de l’Éducation, il n’y a pas de pseudo-z-intellectuels.

    Voilà donc la bouillie qu’en 2016, on sert aux enfants dans les écoles primaires de France. Pourtant, des poètes immenses, la France en a connu et célébré beaucoup. Il y en eu même certains qui furent républicains. Nos élites éducatives feraient bien de s’occuper à transmettre une langue correcte aux enfants plutôt qu’à leur laver le cerveau avec ces niaiseries !

    Il faut enfin prendre au sérieux ce triste pensum d’un adorateur du « vivre-ensemble » qui oppose les « coutumes » et les « croyances » à la « raison ». Comment ne pas penser aussitôt à Chesterton : « Le fou, c’est celui qui a tout perdu sauf la raison ». Cette raison, c’est celle qui amène certains ministres à déclarer sans complexe vouloir « changer les mentalités », sans paraître mesurer ce que cette folle ambition a de terrifiant. Il n’est pas sans danger qu’un ministre veuille « changer les mentalités ». Il n’est pas sans danger que pour y parvenir, on vise les plus jeunes, les plus vulnérables. « Les enfants sont une chance » souligne d'ailleurs explicitement l'auteur. 

    Furet nous avait prévenu, l’histoire recycle souvent les bonnes idées. Demain, un nouvel « homme nouveau » ? Demain, une « République Démocratique de France » ?